Le fonctionnement du boxeur repose sur une conjugaison de pulsions conscientes et inconscientes, physiques et mentales, individuelles et collectives.
Examinons le pratiquant au moment où il donne à son adversaire un coup de pied retourné figure, par exemple.
– la motivation a fait qu’il est monté sur le ring, dans l’espoir d’obtenir quelque chose (une reconnaissance, une bourse, la libération des pulsions intérieures, etc...),
– la combativité a fait qu’il y est resté, qu’il est allé au devant de son adversaire et qu’il entend bien aller jusqu’au bout de la rencontre,
– l’agressivité fait que, depuis le début du combat, il met en jeu un certain nombre de comportements destinés à porter atteinte physiquement et moralement à son adversaire et à se protéger de ses attaques.
– les automatismes qu’il a acquis à l’entraînement lui permettent d’exploiter efficacement sa pulsion agressive tout en la maintenant dans les limites des règlements de sa discipline.
– la stratégie et la tactique lui permettent d’exploiter ces automatismes en fonction des circonstances et de l’adversaire.
– la vigilance crée en lui une disposition d’esprit qui maintient en permanence sa sensibilité en alerte maximale.
– la concentration lui permet de vider son esprit de toute préoccupation extérieure au combat.
– les perceptions subliminaires lui permettent de recueillir un maximum d’informations sur son adversaire sans analyser consciemment tous ces éléments.
– les synergie acquises au cours de la répétition des mêmes gestes techniques lui permettent de mettre son corps au service de ses intentions sans avoir à réfléchir aux mouvements qu’il doit effectuer.
– les réflexes de base de son corps sont organisés par le cerveau en programmes pour former ces synergies.
– l’instinct de conservation le pousse à tout moment à n’agir que dans les limites de ses possibilités et à se protéger en proportion des possibilités de son adversaire.
– les affects, tels que la colère, la vexation, l’humiliation, le sens de l’honneur, décuplent sa combativité et favorisent un sursaut lorsque la situation tourne à son désavantage.
– l’adrénaline lui permet de solliciter au maximum ses capacités physiques (système cardio-vasculaire et musculaire).
– l’énergie vitale est un réservoir dans lequel il puise les ressources physiques et mentales nécessaires à tout moment pour faire face à une situation extrême et inhabituelle.
– la conscience est rétrécie le temps du combat afin de permettre à des pulsions plus performantes de prendre le contrôle de la situation tout en respectant les intentions du boxeur « conscient ».
– la transe amorcée dans les vestiaires avant le combat lui permet de se présenter face à l’adversaire dans un état second qui non seulement réduit sa conscience mais aussi désensibilise son corps.
C’est en s’appuyant sur ce fonctionnement très complexe que notre boxeur parvient à effectuer son coup de pied retourné et à toucher l’adversaire, un soir ou un après-midi de la vie quotidienne, à côté d’un homme en nœud papillon et devant plusieurs centaines d’observateurs médusés, un peu à l’écart du monde...
